Chez Nomade, les voyages d'aventure mettent souvent à l’honneur le règne animal, que ce soit lors d’un safari en Afrique, d’observation plus ponctuelle en milieu naturel, dans des centres de sauvegarde ou encore lors de randonnées à dos de quadrupède. Cela présente quelques risques pour la faune sauvage et les animaux de bât. C’est pourquoi le voyagiste a élaboré sa propre Charte en faveur du respect de la vie animale. Au-delà de cette charte et dans le cadre de ses engagements pour un tourisme durable, Nomade Aventure soutient de associations comme celle de Valérie Valton, éthologue passionnée, spécialiste des interactions avec les mammifères marins et fondatrice de Splendeur Nature. Dans cet article, Valérie nous livre sa vision du tourisme animalier, les actions de son association et sa façon de transmettre sa passion pour comprendre et mieux protéger les cétacés.
Valérie Valton : pour une approche éthique du tourisme animalier

Viser une rencontre immersive avec la faune tout en limitant les impacts sur les écosystèmes et le comportement naturel des espèces observées, c’est précisément la définition du tourisme animalier que défend Valérie Valton, éthologue engagée. Plus largement, le tourisme animalier désigne l’ensemble des interactions visuelles et physiques entre l’homme et les animaux sauvages vivant dans leur habitat naturel. Longtemps réservé à une élite au XIXe siècle, à travers les grandes expéditions naturalistes, les premiers safaris africains et la création des grands parcs naturels aux États-Unis, il s’est largement démocratisé, faisant chaque année des millions d’adeptes à travers le monde. Dans sa version la plus vertueuse, il s’agit de repenser le lien avec l’animal comme une cohabitation respectueuse. Pour Valérie, plus qu’une simple activité de loisir, le tourisme animalier interroge en profondeur la manière dont l’homme est relié au vivant : « L’homme peut-il cohabiter avec la nature ? » ou doit-il au contraire s’en extraire, se replier dans « des villes bétonnées et laisser la nature fleurir autour » ? Une perspective qu’elle ne juge ni souhaitable ni pertinente. « L’humain, c’est la nature. Nous ne sommes pas à part de la nature, nous faisons partie d’elle », rappelle-t-elle. La crise du COVID et ses confinements ont d’ailleurs montré à quel point le vivant est capable de reprendre ses droits quand on lui en laisse l’occasion : « Les cétacés sont revenus près des côtes, la nature s’est redéployée avec grâce. » Pour Valérie, vivre déconnecté du vivant, c’est réduire le monde aux valeurs consuméristes jusqu’à perdre le sens de l’origine des choses. À l’inverse, le lien avec la nature est essentiel à l’équilibre humain : « Plus on se reconnecte à cette nature, plus on est sain d’esprit et de corps », souligne-t-elle, rappelant les bienfaits largement démontrés du contact avec la nature. Pour autant, cette cohabitation ne peut être improvisée : « Aujourd’hui, on cohabite plus ou moins avec la nature, mais n’importe comment », déplore-t-elle.
Et pour parvenir à un tourisme animalier responsable, Valérie évoque de bonnes pratiques à adopter, comme appliquer au monde animal une gestion similaire à celle des forêts : « Il y a des forêts primaires menacées ou mal en point dont il faut interdire l'accès pour maximiser leur chance de se régénérer. D’autres forêts ont été transformées en parc national dans lesquelles vous n'avez le droit d'aller que sur certains chemins balisés ou dans certaines zones afin de concilier préservation et cohabitation. Et il existe aussi ce que l’on appelle le bois du village dans lequel chacun peut se promener et vaquer sans restriction mais avec des poubelles et des panneaux pédagogiques installés pour sensibiliser face aux déchets ou aux risques d’incendie, etc. » De la même manière, les espèces animales menacées d’extinction doivent disposer de zones protégées où « on les laisse tranquilles » tandis que d’autres espèces, mieux portantes, peuvent être observées de manière encadrée et selon des approches passives et non intrusives. Cela passe donc par la création de réserves terrestres et marines avec divers niveaux de protection selon les besoins de la faune et de la flore locales, l’interdiction stricte de certaines interactions, comme la nage avec les espèces de cétacés menacées, et l’instauration de règles précises sur les durées, les comportements et les connaissances requises pour approcher les animaux.
Valérie donne ainsi l’exemple positif d’un parc naturel canadien « où des scientifiques ont installé des passerelles surélevées permettant d’observer les grizzlis de manière encadrée, en toute discrétion et sécurité, sans danger pour l’homme comme pour l’animal. » En mer, des dispositifs existent aussi : « En France et en Europe par exemple, Il y a de plus en plus d’aires marines protégées. Sur la Côte d’Azur, la nage avec les cétacés a été interdite et il existe un label « High Quality Whale-Watching® » permettant d’identifier des excursionnistes inscrits dans une dynamique de responsabilité environnementale et favorisant une activité d’observation des cétacés respectueuse », indique-t-elle. Car la clé de la réussite réside aussi dans la professionnalisation du secteur : « On doit mettre en place des formations minimales pour tous ces métiers du tourisme animalier, des permis attestant ces formations reçues et ensuite une surveillance pour que l'activité se déploie selon les règles. » La sensibilisation du public joue également un rôle crucial car « un visiteur est en général plus mal informé que mal intentionné. » Ces principes et règles permettraient de concilier observation de la faune et protection des espèces, même dans des contextes complexes. « Certes, les gouvernements manquent parfois de ressources ou de connaissances appliquées en la matière pour ce faire mais cela se met en place petit à petit et c’est important que cela continue », évoque-t-elle soulignant l’urgence d’accélérer ces démarches pour garantir un tourisme animalier véritablement respectueux et durable.
Reste alors la question de l'avenir du tourisme animalier… Dans son article publié sur « Destination 2075 » (le site web de Nomade Aventure qui imagine le voyage du futur), Valérie est convaincue que l’observation des animaux sera encore possible dans 50 ans. Mais cela nécessite un changement de paradigme : les voyageurs doivent devenir des « consommacteurs responsables » et non plus de simples consommateurs : « Aujourd’hui, lorsqu’on voyage dans un pays, souvent on vient accentuer les problématiques de pollution, de manque d'eau, de destruction des espèces », explique-t-elle. Dès la conception du voyage, le tourisme doit être pensé comme un acte engagé, où l’on respecte l’environnement et les peuples visités, et surtout où l’on ne reste pas passif : « Quand on voyage dans un pays, on doit se considérer comme un invité, on doit donc respecter son chez lui et donner un petit coup de main comme on le ferait chez un ami », ajoute Valérie. Elle plaide aussi pour un rôle actif des populations locales dans la défense de leur patrimoine naturel. D’où la nécessité de les sensibiliser elles-aussi : « Si vous n’êtes jamais sorti de votre village en Afrique, vous n’avez pas idée de l'extraordinaire qui vous entoure. Pour vous, c'est normal d'être entouré de zèbres, de girafes et d'éléphants. C’est à nous de les aider à prendre conscience du trésor qu'elles possèdent, à comprendre les enjeux à la fois économiques et écologiques qui en découlent. » Valérie défend l’idée de quotas de visiteurs pour ne pas dépasser la capacité de la nature à encaisser. Elle évoque également la nécessité d’une réévaluation de la valeur réelle de la nature : « La nature et les espèces animales devenant rares, si elles sont réévaluées, en tout cas comprises par chacun à leur juste valeur, et que le tourisme associé aussi est remis à sa juste valeur, cela pourrait permettre d'aider. » Cela passera peut-être par des prix plus élevés pour ceux qui veulent accéder à ce type de voyage ou par une sorte de coopération internationale, tel l'éco-volontariat, pour ceux qui n’en ont pas les moyens. Enfin, au-delà d’une prise de conscience individuelle, cela nécessitera l’implication des gouvernements et des acteurs privés : « Il faut un cadre législatif solide et des ressources mondiales pour accélérer ce changement », conclut-elle.
L’association Splendeur Nature : sensibiliser et réglementer la nage avec les cétacés

Dans la continuité de cette réflexion sur un tourisme animalier encadré et respectueux, Valérie a choisi de passer à l’action. En 2015, face aux dérives qu’elle observe depuis des années sur le terrain, elle fonde l’association Splendeur Nature avec une priorité claire : agir là où le tourisme met directement en péril la survie des cétacés. « Aujourd’hui, plus d’un tiers des cétacés dans le monde sont menacés, soit 7 des 14 espèces de baleines. Il reste moins de 400 baleines franches de l’Atlantique nord et, d’ici dix ans, on pourrait avoir perdu 10 espèces de dauphins sur les 38 existantes dont la plupart des dauphins de rivière », rappelle-t-elle, citant le rapport mondial de l’IPBES de 2019. Les causes sont multiples : pêche industrielle, surpêche, braconnage, pollution sonore et plastique, réchauffement des eaux, mais aussi surfréquentation touristique et pratiques intrusives dans les zones de repos et de reproduction.
C’est justement à ce dernier point que Splendeur Nature décide de s’atteler. L’association intervient auprès des gouvernements, des opérateurs touristiques et du grand public afin de faire évoluer et d’encadrer les pratiques liées à la nage avec les cétacés, en s’appuyant sur des études scientifiques et des actions de sensibilisation. L’objectif n’est pas d’interdire toute rencontre avec l’animal, mais de la rendre compatible avec son bien-être et la pérennité des espèces.
Très vite, son attention se porte sur un site emblématique : le lagon de Sataya en Égypte, au sud de la mer Rouge, au large de Marsa Alam : « Ce lagon de 4 km de long sur 1 km de large est probablement le plus bel endroit au monde pour nager avec les dauphins à long bec, une sous-population estimée à environ 200 individus », décrit Valérie. Un lieu devenu malgré lui le symbole des excès du tourisme de masse. « Chassant la nuit en pleine mer, ces dauphins viennent ici la journée pour se reposer, se reproduire et s’occuper des petits. Ils y sont protégés des requins, mais aussi très facilement repérables par les touristes, ce qui les rend extrêmement vulnérables », observe-t-elle. Malgré son statut d’aire marine protégée, les pratiques locales restent délétères : jusqu’à une dizaine de zodiacs encerclent les bancs de dauphins, des centaines de nageurs palment et gesticulent pour tenter de nager avec eux, voire de les toucher. Une pression telle que certains petits se retrouvent séparés de leur mère, parfois jusqu’à en mourir. « C’est une expérience d’une piètre qualité pour l’humain et catastrophique pour l’animal », résume-t-elle.

Faute de solutions existantes, Splendeur Nature décide d’agir malgré des moyens très limités : « Nous sommes une petite équipe de trois à cinq bénévoles, avec selon les années, un ou deux volontaires en service civique mais au départ j’étais seule et sans aucune source de financement », explique-t-elle. Les obstacles ont été nombreux : il fallait d’abord identifier les structures politiques locales concernées et les bons interlocuteurs, comprendre leur rôle respectif ainsi que les rouages d’un pays marqué par le printemps arabe de 2012 : « Il y a eu un énorme travail de défrichage pour comprendre quelles institutions intergouvernementales ou ONG étaient déjà présentes en Égypte et qui pouvaient intervenir, ou à défaut, nous soutenir. » Une équipe de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) est déjà intervenue une fois il y a 15 ans au travers d’une collaboration italo-égyptienne entre le laboratoire italien Téthys, l’ONG égyptienne HEPCA (Hurghada environmental protection association) et les autorités égyptiennes, afin de faire protéger une première aire de repos de dauphins dans le sud. Mais l’équipe italienne ne comptait pas poursuivre ses actions en Égypte. L’association a également identifié une ONG allemande, la Dolphin Watch Alliance, active au nord de l’Égypte avec qui elle a échangé afin de coordonner les actions et partager les contacts et les informations. « Enfin, nous avons fini par obtenir le soutien de l’antenne du Moyen Orient de l’IFAW (le Fonds international pour la protection des animaux), qui a accepté d'être notre partenaire diplomatique et de nous introduire auprès du gouvernement égyptien », se réjouit-elle.
Parallèlement, des voyages éco-participatifs sont mis en place pendant plusieurs années afin de financer la collecte de données scientifiques sur le terrain. « Il fallait démontrer l’impact du tourisme et l’urgence à agir », souligne Valérie. Trois ans de travail permettent d’objectiver les dérives observées, de comprendre les enjeux économiques locaux, d’identifier des solutions adaptées au site en termes de réglementation et d’apporter ainsi des premiers éléments tangibles aux autorités : « Le but était de prouver que le nombre de visiteurs sur le site était devenu inacceptable au regard du nombre de dauphins et que les pratiques locales d’approche et d’interaction avaient un impact direct sur la santé et la survie des dauphins. »

Aujourd’hui (le 5 janvier 2026), le projet de Sataya a franchi une étape décisive : « En mars 2025, nous avons réussi à convaincre le ministère de l’Environnement égyptien d’intervenir pour protéger en priorité le lagon de Sataya, avant d’étendre ces mesures au reste de la mer Rouge. » L’ambition est claire : passer d’une logique de consommation du dauphin à un tourisme bleu, durable et à forte valeur ajoutée : « Au lieu de venir « consommer du dauphin », on va apprendre à l’observer, à comprendre son comportement et les enjeux de sa préservation », explique Valérie. Un modèle qui permettrait d’offrir une expérience bien plus authentique et enrichissante aux visiteurs et de justifier des tarifs d’excursion plus élevés, permettant ainsi de financer les équipes de garde-côtes dédiées à sa surveillance. Et ce, tout en positionnant l’Égypte comme un acteur pionnier du tourisme durable lié aux cétacés : « C’est un vrai win-win entre l’avenir des dauphins et celui de l’économie du pays ».
Mais malgré cette avancée majeure, le travail est loin d’être achevé. « Nous venons de soumettre le plan d’actions du travail à réaliser en commun ces trois prochaines années entre l’ONG HEPCA, le Ministère de l’environnement et du tourisme égyptien et Splendeur Nature en vue du déploiement opérationnel début 2029. Mais pour ensuite dupliquer et étendre ces mêmes mesures de protection sur toute la mer Rouge en Égypte, il faudra encore deux à trois ans supplémentaires », précise Valérie. Ces mesures comprennent notamment la formation de guides marins à l’échelle nationale, la création de supports de sensibilisation pour les opérateurs touristiques et la mise en place de protocoles d’approche stricts, à l’intérieur comme à l’extérieur des zones de repos : « Comme pour les forêts, certaines zones ou espèces seront interdites au tourisme, d’autres interdites aux bateaux mais accessibles aux nageurs, mais partout un protocole adapté devra être respecté. » Une gestion harmonisée qui permettrait, à terme, de mieux protéger « des dizaines de milliers de dauphins de différentes espèces », dont les dugongs aujourd’hui menacés d’extinction en Égypte.
Reste un défi de taille : les moyens humains et financiers. « Notre urgence actuelle, c’est de trouver des financements pour pouvoir déployer le plan de travail commun prévu pour les trois prochaines années », déclame-t-elle, dans l’attente du soutien du gouvernement égyptien, des mécènes, des partenaires et des retombées du réseau mondial « 1% for the planet » dont l’association est agréée. Peu soutenue en France, la mer Rouge reste en marge des grands accords de conservation des cétacés (l'ASCOBANS et l'ACCOBAMS) créés par la Commission baleinière internationale. « C’est un peu le parent pauvre par rapport à la Méditerranée et les eaux territoriales européennes », reconnaît Valérie, qui aspire désormais à structurer davantage l’association, recruter des personnes motivées et dégager du temps pour se consacrer pleinement à la conservation. Son ambition, à plus long terme, est d’aller vers une réglementation plus large, européenne puis internationale, afin d’aboutir à un consensus sur la protection des cétacés et les conditions de leur approche, notamment pour la mise à l’eau. Affaire à suivre…
Un voyage de science participative pour étudier et comprendre les dauphins

Dans le prolongement des actions menées par Splendeur Nature en mer Rouge, Valérie Valton a souhaité créer un espace où l’éthologie puisse être vécue, expérimentée, partagée au-delà du cercle des spécialistes. Le voyage éco-participatif en mer Rouge au cœur du lagon de Sataya, proposé en partenariat avec Nomade Aventure, s’inscrit pleinement dans cette logique. Pensée comme un véritable « laboratoire » à ciel ouvert, cette expérience permet, pour Valérie, de transmettre sa passion pour les cétacés mais aussi de faire évoluer la connaissance scientifique, de contribuer à la protection des dauphins et au développement de ce tourisme bleu en Égypte, plus vertueux, incluant les populations locales. « Si on veut que le tourisme change, il faut aussi faire des propositions différentes sur le marché. Et ce voyage responsable de nage avec les cétacés nous permet d’accéder de l’intérieur à ce milieu du tourisme », souligne Valérie. À bord, les participants peuvent, s’ils le souhaitent, mener des observations comportementales, recueillir des données ou des photos et vidéos, qui seront ensuite intégrées aux études de l’association et utilisées pour appuyer les démarches de conservation auprès des autorités égyptiennes. Le voyage participe aussi à soutenir directement Splendeur Nature via l’adhésion de 25€ à l’association versée par chaque participant. Pour elle, cette complémentarité entre tourisme et conservation est essentielle : « Ces initiatives de science participative, avec l’interconnexion entre le tourisme d’un côté et la protection de la nature de l’autre, me semblent être l’avenir dans ce domaine. Il y a une valeur ajoutée pour tout le monde. Je crois fondamentalement à cet écosystème où les deux peuvent avancer de concert. »
Rien de plus cohérent donc que cette collaboration avec Nomade Aventure. Valérie Valton rencontre Fabrice Del Taglia (DG du tour opérateur), lors de la première édition du salon « Terra Scientifica » en mars 2023 à Paris alors qu’elle animait une table ronde aux côtés de Paul Watson sur l’avenir du tourisme lié aux cétacés. Très vite, les visions se rejoignent. « Même si ce que nous proposons correspond à du tourisme animalier, c’est aussi un peu de l’aventure, cette part d’inconnu liée à la rencontre avec un animal sauvage », explique-t-elle. Elle retrouve aussi chez Nomade Aventure des valeurs fortes : une approche authentique du voyage, une immersion respectueuse dans les territoires, et un engagement clair en faveur de la faune sauvage. « J’ai beaucoup aimé vos valeurs humaines, cette simplicité, cette volonté de découvrir un pays et sa culture en profondeur tout en restant actif, en faisant de la randonnée ou d’autres activités de plein air. Je salue aussi le fait d’avoir retiré de votre sélection des expériences non respectueuses des animaux, comme les balades à dos d’éléphant en Asie », confie Valérie.
Le séjour se déroule sur huit jours, dans le lagon de Sataya, zone de repos d’une sous-population d’environ 200 dauphins à long bec. Les départs ont lieu entre juin et juillet, un choix assumé. « Les études précédentes des dauphins de ce lagon ont été menées entre mai et août. Il fallait donc collecter les données sur la même période pour avoir des comparaisons et une vision de l’évolution des chiffres cohérentes », décrit Valérie. Cette saison correspond aussi à une fréquentation touristique plus faible du site, offrant des conditions de nage plus calmes et plus respectueuses pour les animaux.
Le voyage accueille volontairement de petits groupes de 10 à 17 participants, afin de limiter l’impact humain sur le lagon. Il s’adresse à un public très large. « La nage avec les dauphins est accessible à tous, tous âges confondus, y compris aux familles avec enfants. Le dauphin n’est pas un animal dangereux pour l’homme et il est beaucoup moins impressionnant qu’un orque ou qu’une baleine », rappelle l’éthologue. Les conditions de nage y sont particulièrement favorables : une eau translucide à 28-30°C au fond de sable blanc et une profondeur inférieure à 10 m. « La visibilité est idéale pour observer les interactions : un dauphin qui allaite, d’autres qui jouent, sautent ou qui se reproduisent », souligne-t-elle.

Au cœur du dispositif, l’encadrement scientifique joue un rôle clé. Chaque voyage est accompagné par une éthologue – Valérie Valton ou l’un de ses pairs – aux côtés d’un équipage égyptien d’une dizaine de personnes formées depuis plusieurs années. « À travers des briefings quotidiens et de mini-conférences ludiques, on donne aux participants des clés pour décrypter le comportement des dauphins et adopter les bons codes », explique-t-elle. Les protocoles de nage reposent sur une charte stricte, élaborée à partir de plus de quinze ans d’expérience : distances de fuite à respecter, organisation des mises à l’eau, postures à adopter dans l’eau, importance de l’attente et de l’observation. « C’est un peu comme ce que font les « murmureurs de chevaux » capables de débourrer un cheval en 24h, ce sont avant tout des observateurs ou écouteurs. Au lieu de dresser un animal par la force, c'est l'inverse. Ils vont lui proposer de coopérer, et pour ce faire, ils vont le rassurer pour lui montrer qu'il peut accepter sans danger ce qui lui est proposé. Avec les dauphins, c’est pareil : on observe, on comprend, puis on s’adapte. », résume Valérie.

L’approche en bateau se fait toujours à vitesse réduite, afin de minimiser le stress acoustique. « Si de loin les dauphins changent de comportement ou interrompent leurs activités, c’est qu’ils refusent notre approche. Dans ce cas, on n’insiste pas », précise-t-elle. À l’eau, certains signaux sont sans équivoque : coups de nageoire caudale, claquements de dents, posture en S. « Là, le message est clair : il faut partir. À l’inverse, s’ils s’approchent calmement, on les attend sans bouger. Le fait de rester immobile et non menaçant les incite à initier le contact, voire le jeu », raconte Valérie, évoquant notamment la célèbre « danse du donut » chez les dauphins à long bec vous tournant autour. Une relation finalement très mimétique qui se construit sans contrainte, dans le respect du rythme de l’animal.

La vie à bord a également été pensée pour concilier confort des voyageurs et sobriété environnementale. Le petit groupe séjourne sur un yacht de 35 m, doté de quatre ponts et de dix cabines climatisées, chacune avec salle d’eau privative. « Les participants ne sont pas des éco-volontaires prêts à accepter des conditions sommaires. Ce sont des voyageurs en vacances, et il est important de leur proposer un cadre agréable et confortable », explique Valérie. Le bateau reste amarré plusieurs jours au même endroit dans le lagon, ce qui limite les temps de navigation et la consommation excessive de carburant. Équipé de panneaux solaires, il atteint jusqu’à 70% d’autonomie électrique à l’arrêt. Et à bord, les écogestes sont systématiques : produits d’entretien non toxiques, zéro plastique à usage unique, grandes bonbonnes d’eau, pailles en roseaux du Nil et sensibilisation à l’utilisation de cosmétiques respectueux des coraux et des algues (crème solaire bio et spécial récif, gel douche, shampoing, dentifrice bio, etc.).
En complément de cette approche respectueuse des dauphins, d’autres activités aquatiques sont proposées selon les conditions tels le snorkeling pour observer la richesse du récif (coraux, tortues, raies mantas et pastenagues à points bleus, poissons Napoléon, murènes, etc.), et en option, à la carte : stage d’apnée ou plongée en bouteille. « L’apnée est particulièrement intéressante avec les dauphins, car elle permet de rester plus longtemps sous l’eau et de passer d’une interaction en 2D en surface à une expérience en trois dimensions », explique Valérie.

Au fil des jours, les effets de cette immersion sont palpables. « En quelques jours seulement, le comportement des voyageurs change complètement », observe l’éthologue. L’impatience initiale laisse place à une posture plus posée, plus respectueuse du rythme des animaux. « À la fin du séjour, les voyageurs acceptent beaucoup plus facilement de ne pas entrer à l’eau si les dauphins ne sont pas disponibles. » Pour certains, l’expérience se prolonge bien au-delà du voyage : engagement associatif, actions de sensibilisation, voire peut-être des vocations émergentes chez des jeunes stagiaires de troisième. « On a même accueilli une jeune femme du Muséum national d’histoire naturelle venue étudier notre méthodologie de science participative », raconte Valérie. Autant de trajectoires qui confirment que, lorsqu’elle est respectueuse, la rencontre avec les dauphins peut devenir un puissant déclencheur de conscience…
En savoir plus sur les actions de Splendeur Nature :
https://splendeur-nature.org/
Pour adhérer ou faire un don à Splendeur Nature :
https://www.helloasso.com/associations/splendeur-nature



